04 février 2016 ~ 0 Commentaire

Artisanat berbère – signes et symboles (part1) : poteries

« En plus de leur aspect utilitaire ou esthétique, les objets artisanaux
kabyles ont aussi eu une fonction magico-religieuse, réconfortant non plus le
corps mais l’âme des ruraux. Le langage symbolique de ces œuvres a permis à
cette culture antique de franchir les siècles. Par-delà l’émotion esthétique
procurée par ces productions, nous sommes en présence de tout un code de normes
sociales et de valeurs éthiques. Une fibule ne se porte pas seulement pour sa
beauté, mais elle peut aussi contenir un talisman protecteur ou indiquer que la
jeune fille qui la porte est promise. Les motifs décoratifs sont porteurs
d’idées riches et nombreuses, de représentations philosophiques du monde, de la
vie, de la mort, du travail, de l’espérance.

La décoration de l’artisanat kabyle s’appuie sur quelques leitmotivs. Le
premier est la figure géométrique. Triangles, losanges, chevrons, médaillons,
croix, cercles et lignes droites se retrouvent invariablement. Au niveau des
couleurs, le rouge, le jaune et le noir sont les trois teintes les plus
employées. Les signes et symboles de Kabylie se retrouvent, réunis dans des
compositions présentant une grande valeur esthétique, dans sept domaines
différents : les poteries et « ikoufan », les décorations murales des maisons, les
tapis, l’art mobilier notamment les coffres, les tissages, les bijoux et les tatouages.
Constituant une « écriture spécifiquement féminine », puisque relevant des seules
femmes, les signes graphiques de Kabylie présentent tous les mêmes motifs
de base. Les signes et symboles de Kabylie manifestent des affinités avec
les signes et symboles présents dans l’art berbère en Tunisie et au Maroc.
On peut remarquer que certains motifs décoratifs présents sur les bijoux,
poteries et tissages ressemblent aux caractères de l’alphabet tifinagh
(alphabet utilisé par les touareg). Il se compose de lettres qui sont principalement
des lignes géométriques : angles, points, lignes droites, cercles, arcs de cercles,
ovales. Etant donné que la civilisation amazigh s’est épanouie sans avoir généralisé
l’usage de l’écriture, l’art et l’artisanat populaires demeurent la voie d’accès
privilégiée vers ses premiers messages. Ils sont imprégnés de philosophie et de
sacré. De plus, le motif géométrique possède une autre vertu : offrir à une
société analphabète la transmission d’un message culturel (la géométrie permet
des régularités constantes) ainsi que l’expression (sans être explicite) de
tout l’univers féminin inaccessible aux hommes
. » (D’après l’article de Youssef NACIB, « Aspects
magico-symboliques dans l’imagerie artisanale du Djurdjura
 » - Site : http://aan.mmsh.univ-aix.fr/volumes/1993/Pages/AAN-1993-32_27.aspx).

 

 

L’importance de la fécondité

La fécondité est symbolisée de plusieurs manières par les artistes kabyles : sous la forme d’une poitrine
féminine portant deux points   noirs au-dessus ou au-dessous des seins ou encore par un point isolé entouré
d’un cercle (il symbolise la vie portée et donnée par les femmes). C’est   ainsi que potières et tisseuses
exprimaient par le dessin leur vécu biologique et leur condition sociale (la femme stérile était à l’époque
marginalisée, car la naissance d’un enfant, mâle de surcroit, signifiait une réduction potentielle des défis et
des périls). Au-delà du dessin, la forme   même de l’objet peut avoir une signification ou être investie d’une
fonction magique et superstitieuse. Ainsi la lampe à huile d’autrefois de chez les   Aït-Venni évoquait-elle
par sa forme un accouplement humain très stylisé, auquel cas la partie essentielle de la lampe représenterait
une femme debout   relevant ses jupes tandis que la partie renflée du corps de la lampe serait le ventre de
la femme (encore un symbole de fertilité). Source : « Le guide de la culture   berbère », par Mahand Akli Hahhadou.

01.signes_astres.png
Principaux     signes et symboles utilisés
In »     Le guide de la culture berbère », par Mahand Akli Hahhadou.

Dans son livre sur « Makilam, signes et rituels magiques des femmes kabyles«  (op. cit. ci-dessous), Béatrice Lecestre-Rollier souligne l’étroite analogie entre la femme et la lune. La femme représente la lune dans sa nature corporelle : ses   cycles sont à l’unisson du rythme lunaire ; son union charnelle avec l’homme reproduit les noces de la lune et du soleil ; enceinte, elle gonfle comme la pleine lune et accouche d’un enfant de nature lunaire. Toutes ses activités intègrent les différentes manifestations de la vie de la lune dans sa couleur, sa forme, son rythme. Bref, la femme en tant qu’être lunaire du règne humain participe à l’œuvre de création. Elle y participe également en tant que terre-mère du genre humain, sa fécondité étant associée à celle de   la terre : les rites du mariage font appel aux mêmes symboles que les rites agraires des labours ; la femme fécondée gonfle en même temps que la terre ensemencée et elle est soumise aux mêmes rites et interdits que ceux qui entourent la croissance des végétaux et animaux. Le culte de la mère se prolonge par le lien nourricier, soit par la figure de la mère nourricière du corps et de l’esprit de ses enfants. La puissance du lait est dite dans les contes et les liens de lait créent de la parenté, à l’image des liens de sang. Ce sont les femmes qui transforment les produits de la terre en aliments nourriciers – le ventre de la maison est empli de cruches, couffins, calebasses, à l’image du ventre maternel – et ce sont elles qui transmettent la langue kabyle et les valeurs culturelles. Dernière figure, celle de la vieille femme qui jouit, en tant que mère et grand-mère accomplie, d’une importance considérable. Tisseuse des liens de sa descendance qu’elle a croisés au fil de sa vie et que reproduisent symboliquement les fils de laine qu’elle tisse sur son métier à tisser, elle a agrandi la famille villageoise. Maintenant proche de la mort, elle relie sa descendance au monde invisible des génies et des esprits qui entourent les humains.
On l’aura compris, les mystères de la création unissent la femme à la nature cyclique de la vie. La fécondité englobe dans un même mouvement celle des hommes, des bêtes, des champs et ce sont là des domaines strictement féminins, en rapport avec le sacré. Tout cela n’est pas nouveau ; bien des auteurs ont souligné, à propos de la société kabyle comme de nombreuses autres sociétés agraires, en particulier dans l’aire méditerranéenne, l’importance des rôles féminins traditionnels, en rapport avec le culte de la fécondité. L’auteure s’appuie d’ailleurs sur leurs écrits. Mais elle veut aller plus loin. Initiée au travail de la poterie par une vieille femme, elle révèle le sens profond, jamais dit, des signes de base des motifs réalisés   par les femmes sur les tissages, poteries, tatouages, peintures décoratives… Tous représentent l’emboîtement des principes féminins et masculins, soit l’union sexuelle elle-même, en lien avec les puissances magiques de la création. Cette véritable écriture féminine révèle « la conscience d’autonomie des femmes kabyles et du savoir ésotérique dont elles étaient les seules   dépositaires dans la société traditionnelle à l’exclusion des hommes » (Béatrice Lecestre-Rollier, « Makilam, Signes et rituels magiques des femmes kabyles », Clio. Femmes, Genre, Histoire, 2014. URL: http://clio.revues.org/12218).

Signes et symboles sur les poteries berbères

02.Ceramic_Kabyle
Poterie  double de Kabylie

La poterie berbère est décorée de symboles géométriques, zoomorphes et anthropomorphes, qui évoquent ceux des tatouages et des bijoux. Telle une femme, la poterie est “parée” de symboles qui vont protéger son propriétaire contre les mauvais esprits et lui assurer amour des siens et fertilité. Les symboles permettaient en fait à l’origine une espèce de traçabilité de l’identité du village, de la tribu…. etc. Avec l’arrivée des arabes au VIIème siècle, les berbères ont gardé leurs croyances animistes et appliquent une version personnalisée de l’Islam, qui se retrouve dans leurs arts et coutumes diverses. Si les motifs des serpents, des papillons, scorpions, mouches, oiseaux, etc., et les figures géométriques (carrés, rectangles, croix, triangles, losanges) se retrouvent encore aujourd’hui, de nouveaux symboles sont apparus liés à la vie moderne comme les avions et les automobiles. (In kabyleUniversel.com – « la poterie berbère » par Dalida Smaïl - http://kabyleuniversel.com/2014/05/21/la-poterie-berbere/)
Constituant une « écriture spécifiquement féminine« , puisque relevant des seules femmes, les signes graphiques de Kabylie présentent tous les mêmes motifs de base. Cet art traditionnel s’est mieux conservé sur les poteries anciennes (lampes à huile, lats, cruches, pots à lait, à eau ou à bouillon et gourdes), les décorations   murales se trouvant renouvelées tous les ans. Selon Makilam (« Signes et rituels magiques des femmes kabyles« , Paris, Karthala, 2011)., « ces  ignes révèlent la conscience d’autonomie des femmes kabyles et du savoir ésotérique dont elles étaient les seules dépositaires dans la société traditionnelle à l’exclusion des hommes. » Ses investigations montrent que les signes que l’on trouve sur les murs des maisons, sur la peau des femmes, sur les tissus et sur les poteries kabyles, longtemps considérés par les chercheurs comme des griffonnages sans signification, sont en réalité des idéogrammes, des éléments de premières articulations, qui possèdent une valeur spirituelle commune à toute civilisation humaine, et qu’ils témoignent précisément d’une unité psychique au-delà des cultures et de leur histoire. Les rites aratoires révèlent que les femmes kabyles ont su trouver un langage en harmonie avec l’union cosmique. (Makilam, op. ci.).
Les signes utilisés pour la décoration remontent pour certains à la préhistoire et aux origines de l’alphabet tifinagh. Parmi les nombreuses figures, on retrouve la flèche symbole du principe fécondant mâle, l’éclair et la foudre célestes annonçant une pluie fertilisante. L’eau représentée par une ligne brisée, associée très souvent à l’image du serpent, symbolise, quant à elle, la nouvelle naissance et la régénération. La tête stylisée du bélier renvoie, elle, au symbole de la fécondité, alors que le serpent caractérise la résurrection des morts et le lien éternel de la terre. Le losange pour la féminité et une croix en forme de X à l’intérieur pour la virginité sont également des motifs très utilisés. En Kabylie, par exemple, la poterie, ornée de motifs, est de teinte rouge. Au sud de l’Adrar (willaya saharienne du sud-ouest), on trouve des objets aux formes plutôt originales et de couleur noire. Les poteries des Monts Nementcha (Aurès) sont façonnées dans de l’argile aux tons rosés et décorées de dessins bruns.

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Éléments du décor peint de la poterie modelée algérienne

(In  Jean Couroujou, « La poterie modelée d’Afrique du Nord dite poterie kabyle ». In Revue  »l’algérianiste » N° 96. http://alger-roi.fr/Alger/arts/textes/6_poterie_modelee_kabyle_3_algerianiste99.htm.
Voici quelques motifs non figuratifs (peints avant cuisson lorsque les colorants dont d’origine minérale ou après cuisson lorsqu’ils sont extraits de végétaux) et ayant essentiellement pour base la ligne droite et le triangle :
- La droite isolée est rare, mais fréquente est l’association de droites parallèles, horizontales ou verticales ;
- Les droites croisées résultent du croisements entre 2 ou 3 faisceaux de fines parallèles, le double réseau formant des losanges, des carrés ou des rectangles, le triple réseau des triangles ;
- la droite brisée simple, souvent double ou triple, formant des zigzags       ;
- Le triangle, pouvant renfermer un décor de lignes et de réseaux. »
(
D’après l’article de Jean Couroujou, op.cit. ci-dessus

04.poterie-kabylie    05.poterie_berbere

Jean-Bernard Moreau publie en 1976 à Alger un ouvrage dans lequel il situe les signes et symboles de Kabylie dans le long devenir des symboles méditerranéens. Pour lui, l’écriture symbolique précède et est à l’origine des caractères, réduits à de simples sonorités, des écritures alphabétiques . Ainsi les signes des poteries kabyles, comme aux Mâatkas, « qui vont jusqu’à former de véritables textes, ne peuvent qu’être antérieurs aux premières   écritures archaïques« . Ayant recensé les principaux signes utilisés par les potières de Mâatkas, l’auteur, en quatre tableaux comparatifs, manifeste d’abord leur « parenté » avec les signes préhistoriques (Lascaux, Pech Merle, gravures rupestres franco cantabriques, galets peints du Mas-d’Azil), les hiéroglyphes hittites  et crétois, les signes proto-indiens, les gravures néolithiques sur os de la Chine archaïque et l’écriture pré alphabétique de Sumer. Il montre ensuite, en comparant les signes du Libyque, numide, Tifinagh, phénicien, arabique, ibérique, étrusque et latin que la totalité des lettres des écritures alphabétiques de la Méditerranée archaïque « sont identiques, par le graphisme, aux signes idéographiques du répertoire berbère traditionnel« . À partir de cette constatation, l’auteur formule l’hypothèse selon laquelle « toutes les premières écritures alphabétiques méditerranéennes ont puisé le graphisme de leurs caractères dans un même fonds symbolique préexistant« . Jean-Bernard Moreau relève, au-delà, des caractères identiques, « par le graphisme, sinon par le sens« , aux signes berbères (tatouages, peintures murales, poteries et tissages) dans l’ancien Orient : Chine archaïque, Chypre, Brahmi, Turkestan.

06.poterie_ptte_kabl 

Deux-poteries berbères

L’auteur en tire la conclusion « que l’écriture symbolique type des Mâatkas, dans l’art traditionnel berbère, née de la Préhistoire (…) est elle-même à la source des écritures alphabétiques méditerranéennes, de l’Ibérie au Moyen-Orient, dont les lettres sont empruntées au mode graphique des symboles de base« . Elle aurait ainsi réussi à véhiculer à travers des millénaires « l’écriture mère, la plus ancienne, celle qui aurait donné   naissance au libyque et dont se seraient inspirées, pour le graphisme, les civilisations archaïques de la Méditerranée« . (Jean-Bernard   Moreau, Les grands symboles méditerranéens dans la poterie algérienne, Alger, SNED,‎ 1976, ill., couv. ill. ; 191 p. (notice BnF N° FRBNF34811940
Jean-Bernard Moreau souligne encore que les décors des vases berbères du IIème   siècle av. J.-C. trouvés dans la nécropole de Tiddis (Tunisie) et   conservés au Musée du Bardo à Alger « sont des prédécesseurs numides » des signes peints par les potières de   Kabylie, « ce qui prouve qu’en deux   mille ans la tradition s’est transmise intacte ». (Détail de « schémas, d’après Gabriel Camps, « Aux origines de la Berbérie, Monuments et rites funéraires protohistoriques« , Paris, Arts et métiers graphiques, 1961).

07.geometrisation_signes

Géométrisation progressive des quatre types de signes iconiques   utilisés pour
  le décor des poteries berbères (In Gabriel Camps, op. cit. ci-dessus)

08.tiddis

Poterie de Tiddis (Willaya de Constantine) – Légendes   

1     & 2 : Vase de Tiddis : motifs secondaires « terrestres »  végétaux (palmes ou arbustes), détail.
3 : Vase de Tiddis : motifs secondaires « terrestres » végétaux et  »aériens » (astre et oiseaux), détail.
4 : Vase de Tiddis : motifs secondaires « terrestres » végétaux et  »aériens » (astre), détail.
5 : Jarre de Tiddis, motis secondaires « aériens », détail.
6 : Jarre de Tiddis, motis secondaires « aériens » (oiseaux), détail.

7 : Vase de Tiddis, les « grandes danseuses », détail.
8 : Vase de Tiddis, les « petites danseuses », détail.
9 : Vase de Tiddis, figuration humaine, détail.
10 & 11 : Poterie moderne des Monts des Maadid, détail.
Entre les triangles l’espace est occupé par des motifs, placés à la partie inférieure ou supérieure, qui n’occupent qu’une faible partie du décor. Les premiers, désignés arbitrairement comme « terrestres », inspirés du  règne végétal, évoquent des palmes ou des arbustes composés de plusieurs  tiges (figures N° 1 et 2), parfois très schématisées (figure N° 3). Camps observe que devant le même motif placé en position supérieure (figure N°     5), une potière kabyle avait plutôt eu l’impression qu’il s’agissait de mains. Les autres motifs, dits « aériens », évoquent oiseaux     (figures N° 3 et 6) et astres (figures N° 3 et 4). D’autres vases présentent une figuration humaine (figure N° 9), ainsi que plusieurs frises, d’oiseaux, sans doute des canards et des rapaces, ou de  »danseuses » (figures N° 7 et 8). Pour Gabriel Camps « la similitude est étonnante » entre le « style de Tiddis » et le     décor de triangle, chevrons et losanges, de la céramique modelée dans toute la Petite Kabylie (figures N° 10 et 11). « Les vases de Tiddis sont, dans toute l’acception du terme des vases « kabyles »..

C’est dans le cadre de   l’analyse de ces pratiques que Makilam aborde l’écriture ésotérique des   poteries et des décorations murales. Sans prétendre effectuer le recensement   exhaustif des signes conventionnels qui, sous des noms souvent différents   selon les femmes et les villages, sont présents dans tout le Djurdjura,   l’auteur, autour de huit illustrations, formule l’interprétation de quelques   figures particulières:

09.ruche

L’œil et la ruche.   

Schéma d’après Makilam. »Signes et rituels magiques des femmes kabyles », Aix en Provence, Edisud, 2005). Ces motifs qui sont traduits en kabyle par les noms de l’œil ou de la ruche représentent tous le sexe féminin et sont sensées lui apporter la fécondité.
- Les triangles dont le sommet est dirigé vers le bas (la terre) « traduisent le principe primaire de la vie dans le delta fertile du corps de la femme » dont ils glorifient la nature créatrice dans un sens mystique. Les traits parallèles de la partie supérieure représentent les jambes. Dans la partie inférieure du V un point noir (figure N° 1) ou un losange constitue une « porte magique ». Elle peut être figurée par un trait vertical rouge entourés de deux traits noirs (figure N° 2) ou un damier de carreaux noirs et blancs (figures N° 3 et N° 4). Selon l’auteur, tous ces dessins qui portent les noms de l’œil ou de la ruche sont des allusions au sexe féminin, nid dont « sort le miel de la Vie semblable à celui des abeilles ». La base du losange est parfois complété par un « M » représentant les jambes repliées. Ces représentations féminines, loin d’être érotiques ou pornographiques, « ne servent pas non plus à provoquer ou à prôner la fécondité de la femme en réduisant celle-ci à son rôle de reproductrice »: lui rappelant la fonction sacrée de la maternité, elles doivent plutôt être associées à la figure de la Grande Mère universelle.
- Les triangles dont le sommet est inversement dirigé vers le haut (le ciel) évoquent le principe masculin. Un     motif montrant la superposition des deux triangles accompagnés de « M » est analysé par Makilam comme une représentation de l’acte sexuel dont le message ne saurait être réduit à la seule union physique.
-  L’œuf, dessiné sous la forme d’un triangle blanc sans signe de remplissage, est symbole de la naissance     et de l’éternité de la germination de la vie.
-  Le palmier (motif relevé par M. Devulder) est un arbre dont les femmes kabyles, dans de nombreux rites de fécondité, associent la datte à la naissance d’un enfant. On peut l’interpréter comme une visualisation de l’étreinte amoureuse.
- La grande part de ces signes semblent ainsi pour l’auteur transcrire « le miracle de la conception d’un être humain dans le ventre maternel », « le principe éternel de la vie qui se perpétue d’une mère à la suivante.
 

 

10.motifs_chenoua.png 

Motifs du Chenoua   

Malgré les bouleversements intervenus dans l’habitat, les femmes ont continué leur activité traditionnelle de potière. D’usage purement domestique à l’origine, la poterie est de plus en plus destinée à la vente effectuée par les enfants sur la route touristique du Chenoua ou à proximité des ruines romaines de Tipasa. La poterie du Chenoua, très reconnaissable par son décor strictement géométrique et rectilinéaire, est l’une des plus belles d’Algérie

Un bestiaire   riche et varié

Dans la poterie kabyle, le taureau représente la reproduction biologique. Sur des céramiques, on peut observer des pictogrammes l’associant à la lune, elle-même symbole de la féminité et de la nuit (quand le soleil représente la virilité et le jour). Ce couple taureau-lune est le pendant du couple ciel-terre que l’on retrouve abondamment dans les motifs décoratifs berbères, transcription cosmique de la fertilité. En plus du taureau, d’autres animaux ornent les productions artisanales kabyles. Le bélier (autre transmetteur de vie), le serpent (péril, angoisse et mort, mais aussi l’emblème masculin arrogant dressé face à la fragilité féminine), les oiseaux (hirondelle et perdrix sont en particulier des objets de vénération, la première en raison des légendes en faisant un animal aimé du Prophète, la seconde symbolisant la grâce, la fragilité et l’amour maternel et étant l’archétype de la femme idéale, avenante et aimante, par opposition à la   poule, sotte et maladroite), l’araignée (alors que le Prophète était poursuivi par ses ennemis, elle aurait tissé une toile à l’entrée de la grotte de Hira (endroit   où Muhammad a reçu ses premières révélations de Dieu à travers l’ange Gabriel pendant le mois de ramadan le soustrayant à l’agressivité et l’impiété de ses poursuivants), le lézard, le poisson, l’abeille, l’escargot, le scorpion, sont autant d’animaux qu’on retrouve sur   les productions artisanales kabyles.

11.bestiaire2.png

12.symbolique-berbere.png

   Source : Le guide de la  culture berbère, par Mahand Akli Hahhadou, op. cit   

 

L’abeille et ses symboles

L’abeille tizizwit)occupe une place privilégiée dans conception traditionnelle et spirituelle kabyle. Elle est le signe du labeur et de la minutie ; l’Abeille ymbolise le bonheur familial et l’abondance et son miel la douceur de la vie et la longévité ; ses qualités sont l’ordre, le travail et la modestie ; très oucieuse pour les petits détails et pour son confort matériel, elle donne   une grande importance à la ponctualité ; discrète, conformiste et très sociable elle s’intègre parfaitement dans son milieu ( famille, quartier,travail…) et se fait remarquer par son sérieux, sa discrétion et son dévouement pour le bien de la communauté. Sympathique, tendre, généreuse, elle prête volontiers aide et assistance, toujours positive elle est de bonne   compagnie et de bon conseil pour ses proches qui admirent surtout chez elle son sens de l’organisation et son abnégation totale. Mais sa vie, répétitive, risque de lasser par sa monotonie et son manque d’exubérance.

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    Poterie de Djemila

Sur cette cruche de Djemila, nous retrouvons le lien qui existe dans le décor, entre l’abeille et les zigzags du serpent qui se déroule tout le long de la panse. Il faut y voir là deux symboles liés de mort et de putréfaction de la végétation (serpent dépouillé de sa peau comme la terre de sa verdure) en vue d’une renaissance personnifiée par l’abeille solaire.   

 

Les   « ikoufan »

   14b.ikoufan 14a.ikoufan

Dans « Tradition et civilisation berbères », l’ethnologue Jean Servier n’évoque la question de la signification des signes   en Kabylie qu’à propos des « ikoufan » (pluriel de  »akufi »). L’ »akufi », ayant la forme d’un tonneau plus étroit à la base qu’au sommet (en Grande Kabylie et au Chenoua) ou celle d’un   parallélépipède (région d’Azazga, Petite Kabylie et Kabylie Maritime), est le récipient destiné à conserver les céréales et les figues sèches. Poteries   crues confectionnées par les femmes avec de l’argile schisteuse blanche mêlée de bouse de vache, les « ikoufan » portent des ornements en reliefs,   ce qui les distingue de toute la poterie kabyle cuite à feu ouvert qui porte des motifs peints ou légèrement incisés. On en trouve généralement deux ou trois dans une maison, fixés sur une soupente. Comme les murs des maisons traditionnelles, ils sont badigeonnés avec une englobe liquide (« tumlilt », chaux) préparée avec la même argile. L’auteur aborde brièvement quelques uns   de ces ornements (dont deux planches présentent les relevés) : la ligne brisée ou ondulée (le serpent, signe de la résurrection et des morts) et les motifs qui en dérivent (la tête du serpent, la broche). La fibule et la feuille de frêne seraient symboles de la femme et de la fécondité. (In Wikipédiahttps://fr.wikipedia.org/wiki/Signes_et_symboles_de_Kabylie_et_symboles_de_Kabylie)

15.Signes_kabyles-ikoufan

Dessins sur des ikoufan. Légendes

1. serpent ; 2. tête de serpent ; 3. femme ; 4. frêne ; 5. fibule ; 6. crabe.  Schémas d’après : Jean Servier, « Tradition  et civilisation berbères : les portes de l’année, » Monaco, Éditions du Rocher, coll. « Civilisation et tradition »,‎ 1985, (ISBN 2-268-00369-

Bibliographie et liens

Page suivante : Signes et symboles de l’artisanat berbère 2 : (décorations murales, tatouages, bijoux, tapis)

 

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