27 décembre 2015 ~ 0 Commentaire

Les peintres orientalistes et l’Algérie (partie 1)

 

Delacroix, Chassériau, Fromentin
Renoir et même Picasso

 

En relation avec les expositions de 2002 : « De Delacroix à Renoir, l’Algérie des peintres » à l’Institut du monde arabe (Paris), et « De Delacroix à Matisse, Dessins du musée des Beaux-arts d’Alger » au musée du Louvre, plus de 350 œuvres ont été recensées dans le catalogue des musées de France en relation avec l’Algérie. Les premiers peintres voyageurs étaient missionnés pour raconter les faits de guerre français en Algérie dès 1830. Aux scènes historiques, d’autres artistes tels qu’Eugène Delacroix, Eugène Fromentin, Théodore Chassériau, ou Gustave Guillaumet apportèrent une autre vision de l’Algérie où se mêlaient fascination et engouement pour ce pays. Organisée par l’Institut du monde arabe en partenariat avec le musée d’Orsay et le Sterling and Francine Clark Art Institute de Williamstown, Massachusetts, avec le soutien de « Djazaïr, une année de l’Algérie en France« . l’exposition « De Delacroix à Renoir, l’Algérie des peintres » propose un choix d’une centaine d’œuvres, peintes, pour la plupart, en Algérie – quelques unes ont toutefois été réalisées postérieurement aux séjours des peintres dans ce pays,dans leurs ateliers parisiens – entre 1832, date du premier passage de Delacroix et 1882, date du deuxième séjour de Renoir. L’image du harem, des intérieurs et des femmes algériennes fascinent des peintres romantiques tels que Eugène Delacroix et Théodore Chassériau, mais ce thème est peu authentique car les algériens et algériennes refusent d’ouvrir leur maison et de poser. Ce sont surtout des scènes du quotidien et des paysages de villes et du désert d’Eugène Fromentin, Eugène Girardet,Gustave Guillaumet et Auguste Renoir que vont admirer les Français aux Salons. En 1893, la Société des peintres orientalistes est fondée à Paris. En 1909, une villa des artistes (Abd-el-Tif) à Alger est créée pour accueillir des peintres boursiers. (D’après Wikipédia).

 

 

Eugène Delacroix (1798-1863) /  Picasso (1881-1973).

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La venue de Delacroix en Algérie est directement liée aux circonstances politiques. Le peintre se trouve accompagner la très officielle ambassade que le roi de France délègue auprès du souverain marocain pour régler les problèmes occasionnés entre le Maroc et les autorités françaises par la conquête de l’Algérie. C’est sur le chemin du retour que Delacroix fait une courte halte en Algérie. En France, depuis 1830, la « question »  algérienne suscite des antagonismes ; les partisans du désengagement affrontent ceux qui prônent la mise en œuvre d’une politique de colonisation. Delacroix semble plus proche des premiers. Dans ces débuts du XIXème   siècle, et en gros depuis l’expédition de Bonaparte en Egypte, l’Europe se prend d’un engouement pour l’orientalisme. L’Orient est à la mode, fascine autant qu’il intrigue et inquiète ; et il faut avouer que cet   exotisme ne présente qu’une vision déformée de l’Orient, le vrai. Si certains intellectuels et artistes sont sincèrement intéressés par la découverte de cette autre culture, nous sommes dans un contexte de domination de la culture occidentale, qui étend ses conquêtes et prétend « civiliser » le monde, apporter le fameux mythe du « progrès« . En ce qui concerne l’Algérie, la France est alors en train de la conquérir depuis l’expédition du duc d’Aumale en 1830 ; une conquête violente et brutale, bien éloignée du mythe français d’une « conquête en douceur« . Delacroix se rend en Algérie en 1832, en tant que membre d’une mission diplomatique. A l’occasion de cet unique voyage en Algérie, à Alger, il est autorisé à visiter le harem d’un corsaire turc, une révélation qui lui inspire « Femmes d’Alger dans leur appartement », chef-d’œuvre qu’il expose au Salon de 1834  (D’après Wikipédia)
Voir « de Delacroix à Renoir.-l’Algérie des peintres » Institut du monde arabe. Site : http://www.imarabe.org/exposition-ima-273 + Delacroix à l’aube de l’orientalisme au domaine de Chantilly -  http://culturebox.francetvinfo.fr/expositions/peinture/delacroix-et-laube-de-lorientalisme-au-domaine-de-chantilly-118451.  

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A gauche. Eugène Delacroix. Femmes d’Alger dans leur appartement - 1834. (Musée du Louvre, Département   des Peintures, Paris France). Dans l’espace clos et confiné d’un harem algérois, trois femmes sont assises sur de luxueux tapis orientaux. Elles  portent de riches tuniques de vaporeuse soie brodée, par-dessus des pantalons bouffants, des sarouels, qui laissent voir leurs mollets nus Elles sont parées de précieux bijoux. Dans la niche qui surplombe un placard aux portes entrouvertes apparaît de la vaisselle précieuse. À gauche de cette niche est accroché un miroir richement encadré. Sur le sol gisent trois babouches abandonnées. La pièce est dépourvue de meubles mais il en émane une impression de luxe et d’exotisme.(Analyse détaillée dans « Eternels Eclairs » http://www.eternels-eclairs.fr/delacroix-tableau-femmes-alger.php)
Ce tableau est à la fois orientaliste et romantique. Ce qui frappe dans ce tableau, c’est la manière dont la lumière   est représentée, venant fenêtre et représentée non comme elle devrait être   mais comme elle est. L’élément majeur de rupture qu’apporte ce tableau par rapport à la vision de l’Orient par la bourgeoisie parisienne est la représentation non-fantasmée du harem et des « coutumes » qui étaient alloués aux pays d’orient : en effet, les Femmes d’Alger sont représentées de manière simple(Wikipèdia + Voir aussi « Journal de Jean Claude Bourdais » - http://www.jcbourdais.net/journal/29sept05.php)
A droite.  Pablo Picasso. Les femmes d’Alger, d’après Eugène Delacroix, version 0, Libby Howie @ succession   Picasso 2008. Picasso reviendra sur ce travail entre 1954 et 1955 par 15   tableaux célèbres. La série fait partie des œuvres par lesquelles Picasso   rendait hommage à des peintres qu’il admirait et à leurs œuvres. La plupart   des peintures individuelles de la série sont aujourd’hui exposées dans des   musées ou font partie de collections privées.

Théodore Chassériau (1819-1856)

Chasseriau

Admirateur d’Eugène Delacroix, Théodore Chassériau se sent attiré par l’Orient. Sur l’invitation du calife de Constantine Ali Ben Ahmed, il se rend en Algérie en 1846. Les scènes de combats de cavaliers arabes, les scènes de vie des femmes à Alger montrent combien Chassériau maîtrise le mouvement et est un grand coloriste. (D‘après Wikipédia)

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Femme et petite fille de Constantine, jouant
avec une gazelle
, Huile sur toile(1849)

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Cavalier Arabe faisant boire son
cheval
. Huile sur toile (1865). 

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A gauche. Juives d’Alger au balcon de 1849. Musée du Louvre (paris). Chassériau dépeint le costume aux couleurs chatoyantes des deux femmes, leurs yeux   soulignés par un épais trait de khôl, la blancheur éblouissante des maisons d’Alger à leur pied, le bleu limpide du ciel méditerranéen, l’architecture exotique de la loggia et de son arcade géminée revêtue de céramique. L’identité supposée des figures est une déduction des mœurs de l’époque : les juives, contrairement aux musulmanes, ne sortaient pas voilées et avaient la possibilité de recevoir chez elles des hommes étrangers à leur foyer.
A  droite. Bataille  de cavaliers arabes autour d’un étendard de 1854. Dallas Museum of Art, Foundation for the Arts Collection. Huile sur toile. Le groupe central de soldats et de chevaux est esquissé à coups de pinceau expressifs qui imitent l’intensité de la bataille. Les détails macabres du combat émergent de la composition dense. Le caractère exotique et violent, qui reflète la conquête coloniale française souvent sanglante et de   l’occupation de l’Algérie, aurait été chargé de signification politique pour les contemporains de Chassériau..

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A gauche. Fille mauresque assise dans un riche intérieur (Almée) de 1853. Huile sur panneau. Collection privée. Beauté, finesse et sérénité ressortent de ce tableau.
A droite. Harem de 1856. Il y a trois figures sur cette toile. L’une est sombre, lointaine, à peine esquissée. Une autre est pâle et floue. La troisième concentre sur soi toute la netteté du trait. C’est pour ce visage en beauté que la toile existe. Fin visage de femme langoureuse dans la pénombre du harem, émergeant parmi les sofas et les soieries voici une scène exotique bien stéréotypée Mais le corps même de cette sultane, n’est appuyé sur rien. Perdu dans la couleur, il manque. Ne reste donc qu’une bouche, un nez, un œil, deux boucles d’oreilles, une coiffure nouée (in « Jean-Michel Maulpoix & Cie ». http://www.maulpoix.net/Chasseriau.htm )

Eugène Fromentin (1820-1876)

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En 1846, à l’insu de sa famille, il visite l’Algérie avec deux amis et peut ainsi remplir ses carnets de croquis des paysages et des habitants de l’Afrique du Nord, s’inscrivant en cela dans le mouvement de l’orientalisme. Fin 1852, il effectua avec Marie Cavellet de Beaumont, épousée le 18 mai de la même année, le deuxième de ses trois voyages en Algérie : une mission archéologique lui fournit l’occasion d’approfondir son étude minutieuse des paysages et des mœurs algériennes. En 1854, paraît dans la Revue de Paris de juin à décembre « Un été dans le Sahara », ce qui le fait élire membre correspondant de l’Académie des belles-lettres, sciences et arts   de La Rochelle. En 1856, encouragé par les critiques élogieuses, il entreprend la rédaction d’ »Une année dans le Sahel » que publie d’abord L’Artiste en intitulant sa première partie « Alger, fragments d’un journal de voyage » en 1857. C’est la Revue des deux Mondes qui reprend la publication de novembre à décembre 1858 sous le titre « Une année dans le Sahel, journal d’un absent ». (D’après Wikipédia)

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A gauche. Une rue à Laghouat. 1859. Rue Bab-El-Gharbi, Il s’agit de la porte de l’ouest ou Bâb Nouader, surmonté par les deux tours de l’ouest (la grande et la petite). C’était la rue principale de Laghouat qui longeait toute la ville en haut et joignait les deux quartiers (seule rue qui traversait presque toute la ville (d’après E. Fromentin, « un été dans le Sahara »).
A droite. Chasse au faucon en Algérie. Paris,1963 Musée d’Orsay, Paris. Parmi les motifs qu’il puise en Algérie, la chasse au faucon est certainement celui qui a la prédilection du peintre. La scène représentée ici est celle de la curée : deux cavaliers à l’allure noble et   fière regardent leurs serviteurs arracher des serres des faucons le lièvre qu’ils viennent de tuer. On retrouve dans cette œuvre non seulement l’influence de Delacroix dans le sujet et l’utilisation de couleurs douces et d’une lumière chaude, mais également celle d’Ingres dans la précision du dessin des chevaux et des chasseurs.

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A gauche. Le pays de la soif. 1869. Musée d’Orsay, Paris. Une transposition dans le désert algérien du thème romantique du naufrage (cf. Géricault, Le radeau  de la Méduse, Louvre). Le sujet est construit en pyramide, le monticule au centre de la composition étant le tombeau de ces hommes couchés au sol, déshydratés. Les montagnes arides du deuxième plan font une ligne évasée coupée par le monticule du   centre de la composition, une sorte de creux aride surchauffé de soleil et de lumière, trop pour les hommes. Le point culminant de la pyramide est la main   levée de cet homme qui semble implorer un improbable secours. Au premier plan, les corps des quatre hommes terrassés par la soif.. Au sommet du   monticule un homme repousse la lumière terrible et ce ciel vide et maudit puisqu’il les fait mourir, c’est le dernier signe de vie. Les autres disposés en arc de cercle expriment chacun un état, se protéger, s’abandonner, se recroqueviller, disparaître dans le sommeil
A droite. Intérieur de l’atelier d’un tailleur arabe de 1854. Musée des Beaux-arts (La Rochelle, bât.). Dans un atelier, un tailleur, assis sur une estrade en bois, a les yeux rivés sur le morceau de tissu qu’il confectionne. Au premier plan, un jeune homme alangui, probablement un serviteur, est assis par terre.

 

Pierre - Auguste Renoir (1841-1919)

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Pierre-Auguste Renoir fait de cours séjours en Algérie en 1881 et 1882 et paradoxalement, cette période est assez peu représentée dans les musées. En fait, Renoir rencontre beaucoup de difficultés à trouver des modèles en Algérie. De retour en France, il peint avec des modèles français.(D’après Wikipédia)

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A gauche. Jeune algérienne de 1881.Huile sur toile. Museum of Fine Arts Boston, Massachusetts (USA). Source. Benjamin, Renoir and Algeria, New Haven: Yale University Press, 2003, p. 86. Par l’élégance de ses lignes, ce portrait annonce les œuvres de la période  »ingresque ». En quelques arabesques précises, Renoir réussit à nous   faire sentir le rayonnement d’un visage de jeune fille, avec ses grands yeux sombres et le sourire de sa bouche, à peine ébauché, le naturel du geste et le négligé du voile jeté sur les épaules.
A droite. Fillette au faucon (Mademoiselle Fleury dans un costume algérien). 1880. Huile sur toile. Clark Art Institute à Williamstown (Massachusetts).

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Femmes de Renoir habillées en algériennes
Le tambourin
 » et « Les castagnettes » de
1909.
National Gallery à Londres

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Madame Clémentine Valensi Stora
(l’Algérienne)
de 1870. Musée des
Beaux-arts de San Francisco

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Le Jardin d’essai à Alger. Collection privée
« Renoir, peintre du bonheur: de Gilles
Néret, Köln, Taschen, 2001, p. 159.

E06.-renoirravin_femme_sauvage-1881

Le ravin de la femme sauvage (faubourg
d’Alger) de 1881. Musée d’Orsay à Paris
« Renoir, peintre du bonheur » de Gilles Néret,
Köln, Taschen, 2001, p. 161.

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A gauche. Harem à Montmartre (Parisiennes en  costume algérien), de 1872. Huile sur toile. Le Musée national d’art occidental, Tokyo
A droite. L’algérienne à l’enfant de 1882. Collection particulière. La femme en robe traditionnelle portant son enfant évoque l’exotisme d’Alger et est peut-être l’apothéose de l’intérêt de Renoir dans   la femme d’Alger, Renoir a utilisé comme modèles des connaissances et des amis algériens à Paris, dans le présent travail il a pu peindre une femme algérienne dans son propre environnement, ses vêtements blancs prenant et résonnant le miroitement des couleurs du paysage autour d’elle.

 

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