11 novembre 2015 ~ 0 Commentaire

Si Mohand U Mhand, poète kabyle

Si Mohand, poète  kabyle libre et insoumis (1840 – 1905)

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Si Mohand Ou M’hand (Ait Ḥmadouche) est un poète et philosophe kabyle de la confédération tribale des Aït Iraten, né entre 1840 et 1845 à  Icheraiouen, l’actuelle Larbaa Nath Iraten (anciennement Fort national) et mort le 28 décembre 1905 à Ain El Hammam (anciennement Michelet).

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L’œuvre de Si Mohand est directement inspirée de sa vie. Son enfance est placée sous le signe de la violence et de l’exil. Né dans une famille de la petite bourgeoisie musulmane d’Icerεiwen, il assiste à l’arrivée des troupes françaises du général Randon en Kabylie et à la destruction de son village. À la place, les Français construisent une ville fortifiée devenue Fort national (Larbaâ Nath Irathen).
Si Mohand passa quelque 30 ans d’errance entre la Kabylie et la région de Bône (Annaba) où de nombreux Kabyles travaillaient comme ouvriers agricoles ou comme mineurs. Un autre de ses oncles, Hend N’Aït Saïd , était d’ailleurs installé dans les faubourgs de Bône. Installé dans un hameau voisin, le jeune homme se destine ensuite au droit musulman. Mais la révolte de 1871 met un terme à ses projets. Son père, engagé aux côtés de Cheikh El Mokrani contre la colonisation de la Kabylie, est exécuté, son oncle déporté avec ceux qui deviendront les Kabyles du Pacifique en Nouvelle-Calédonie et sa famille dispersée. Leurs biens furent confisqués au profit de l’Etat. La famille ruinée et anéantie se dispersa, la mère se retira dans la nouvelle Chéraïouia avec son jeune fils Méziane et là commença la vie de vagabond de Si Mohand Ou M’Hand, errant de ville en ville. Son frère aîné Akli s’enfuit à Tunis avec l’essentiel des ressources de la famille.
Déraciné et seul, Si Mohand devient un poète errant. Il emprunte à son expérience les thèmes de l’exil, de l’amour de sa terre natale, de l’amour et du destin. Le poète aurait par ailleurs juré de ne jamais répéter deux fois le même poème, de sorte que seule la mémoire populaire a permis de conserver son œuvre.

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Un   siècle après sa mort, une statue (réalisée par Aftis Hamid et
Khellaf Akbou)   est érigée, à Akbou, à la mémoire du poète errant.

 Si Mohand et ses isefras

Les Isefra (le mot signifie « poèmes » en berbère, au singulier Asefru), ont été publiés sous forme de recueils à plusieurs reprises, notamment par Amar n Said Boulifa en 1904, Mouloud Feraoun en 1960, Mouloud Mammeri en 1969 (et Larab Mohand Ouramdane au Maroc en 1997). D’autres poèmes de Si Mohand ont été recueillis et publiés à compte d’auteur à Alger en 2000 par Younes Adli. Si Mohand Oumhand a laissé un nombre impressionnant de poèmes. Il ne les a jamais écrits et a juré de ne jamais les répéter. Ce sont les gens de son entourage qui les ont sauvés de l’oubli en les mémorisant et c’est grâce à eux qu’ils sont transmis de génération en génération jusqu’à ce qu’ils soient fixés dans des livres par des écrivains, tels Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun, Boulifa. En voici un échantillon.

  1. 1.     La vraie amante, dont la compagnie est si charmante   //    surtout si elle se livre de tout son cœur   //    est celle qui se rend prés de son ami sans y être invitée   //    passe-t-il devant elle, du regard   //    elle voit et comprend tout   //    n’étant pas de celles qui sont amantes pour rien »   //    Pour rester digne, ô mon cœur   //    Tu as besoin de patience   //    En ce premier jour de l’Aïd.   //    Dieu visite tous ses autels   //    Où sont réunies les belles   //    Celles qui ont appris à l’adorer   //    Mais, nous qui sommes tourmentés   //    Nous nous enivrons d’absinthe   //    Tous deux, mon âme et moi
  2. 2.     Mon cœur se couvre de nuages,   //    De larmes il déborde   //    Au souvenir de mes épreuves    //    Ma confession fait trembler les montagnes   //    Et rouvre les plaies de mon cour.   //    J’ai tout consacré aux plaisirs des filles,   //    Et, marqué au sceau d’un destin funeste,   //    Je n’eus point de chance.   //    Ah ! vivre seulement un jour de bonheur ! 
  3. 3.     J’ai juré que de Tizi-Ouzou   //    Jusqu’a Akfadou   //    Nul ne me fera subir sa loi   //    Nous nous briserons   //    Mais sans plier   //    Plutôt être maudit   //    Quand les chefs sont des maquereaux.   //    L’Exil est inscrit au front   //    Je préfère quitter le pays Que d’être humilié parmi ces pourceaux.
  4. 4.     ls ont semé la haine dans les villages ;   //    Nous l’avons engrangée, et il en reste encore ;   //    C’est comme l’abondante récolte d’un champ fraîchement incendié.   //    Quand l’impôt de guerre nous affola,   //    Nous jetâmes tout sur l’aire à battre,   //    Chacun renia son propre frère.   //    Le mauvais sujet eut la préférence ;   //    Le noble fut humilié.   //    Chaque jour apportait son lot de soucis ;   //    Mais personne ne s’ouvrait à personne.   //    Et pourtant les malheurs fondaient de toutes parts.   //    Terrible fut l’année 1871   //    Annoncée par le Livre [sacré] :   //    La justice s’évanouit ainsi que la vérité.
  5. 5.     Mon cœur s’en va goutte à goutte   //    Comme une bougie   //    Emprisonnée dans une lanterne.   //    Elle brûle et se consume,   //    S’étiole dans la chaleur étouffante,   //    Et décline, lentement, lentement.   //    Bientôt le vide à sa place,   //    Sa lumière s’éteint,   //    Et ce sont les ténèbres   //    La révolte t’a fait parler
  6. 6.     Ma vie a atteint son terme   //    Mon physique est las   //    Rongé par un étrange mal    //    Ai-je consulté moult guérisseurs   //    Cherchant partout remède à mon mal   //    Et suis plein de créanciers à présent    //    De faux espoirs ou de faux rêves   //    Sans rien trouver de remède en guérisseurs   //    Je m’en remets à toi oh ! Chikh Mohand Oulhousin
  7. 7.     Je suis coincé    //    Sortez-moi de l’impasse    //    Le remède est impuissant à guérir le mal”    //    Saints de Aït Iraten     //    Me voici comme l’oiseau paralysé    //    Par ses ailes coupées    //    Je suis déjà comme dans la tombe    //    Adieu les plaisirs sont finis    //    Maintenant je suis vieux, desséché    //    Je sens l’épouvante. La peur a fondu sur moi”.

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