06 novembre 2015 ~ 0 Commentaire

Baya, l’enchanteresse

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Baya, de son vrai nom Fatma Haddad, épouse Mahieddine, est née le 12 décembre 1931, à Bordj el Kiffan (ex-Fort-de-l’ Eau), aux environs d’Alger, et morte le 9 novembre 1998 à Blida. Orpheline à l’âge de cinq ans, elle est recueillie par sa grand-mère En 1943, Marguerite Caminat, sœur de la propriétaire, la prend chez elle à Alger pour rendre des services ménagers dans une maison dont l’éblouissent les fleurs et les oiseaux. Baya commence alors à modeler des personnages ou des animaux fantastiques en argile et elle est encouragée à réaliser des gouaches que le sculpteur Jean Peyrissac montre à Aimé Maeght, de passage à Alger en 1943. En 1947, une exposition est organisée à Paris par Maeght dans sa galerie. André Breton préface le catalogue. Baya découvre Paris et y rencontre le peintre Georges Braque. En 1949 elle réalise à Vallauris des terres cuites dans le célèbre atelier de céramique Madoura, à Vallauris. En 1953, Baya est « remise » à son tuteur, qui la marie, comme seconde épouse, au chanteur-compositeur arabo-andalou El-Hadj Mahieddine El-Mahfoud dont elle aura six enfants. Elle vivra dès lors à Blida et n’a plus d’autre perspective qu’une existence de femme au foyer. Plus de peinture pendant dix ans.
A la mort de son mari, sa frénésie de création n’a plus de frein. Vite reconnue et adoptée par le milieu surréaliste, séduit par son inspiration quelque peu naïve, elle ne s’encombre pas des conformismes artistiques en vigueur et ose afficher des références culturelles liées à son pays. Baya peint de façon moderne des femmes fleurs, des reines oiseaux, des princesses. Son art sauvage aux couleurs saturées trouble les artistes de son époque. Ils y trouvent une forme de réponse, une résonance à leur recherche picturale. Elle exposa ses œuvres en 1963 au Musée National des Beaux-arts à Alger et participa l’année suivante à l’exposition des peintres algériens au Musée des Arts Décoratifs à Paris. Elle participe à de nombreuses expositions collectives en Algérie, au Maghreb, en Europe, à Cuba et au Japon. (Source : Wikipedia)

 

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Deux   femmes au bouquet fleuri

 

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Corbeille   de fruits aux deux oiseaux

 

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Femme   aux trois tapis

 

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Femme   et oiseau en cage

Les thèmes de la peinture de Baya se retrouvent dans les textiles traditionnels, les tapis, les céramiques ; ce sont des poissons, des fruits, des papillons, des oiseaux, des fleurs, des instruments de musique. Les tableaux déploient tous la même intensité de couleurs et de tons. Point de nuances, seulement des juxtapositions criardes. Les fleurs, les rivières, les cabanes ont les mêmes couleurs irréelles. D’une façon tout à fait intuitive, elle privilégie la couleur, donc la lumière, “la lumière et l’espace étant  deux choses qui se touchent” selon Braque.
Elle créa un univers merveilleux au centre duquel les fleurs, les rivières, les cabanes ont les mêmes couleurs irréelles; c’est toujours le printemps et les femmes telles des oiseaux des tropiques paradent dans leurs robes aux couleurs berbères : vert, violet, rose-mauve, rouge, jaune intense. Le réalisme visionnaire ou réalisme conceptuel auquel elle parvient au détriment du réalisme visuel, Baya le doit en grande partie à la dynamique des contrastes de formes et de couleurs. Baya ne manipule pas l’univers, elle nous y fait pénétrer, elle nous y introduit, par le rêve. A l’opposé de la perspective classique qui part du cadre pour se diriger vers le fond grâce aux procédés du trompe-l’œil, du clair-obscur et des raccourcis, ce troubadour de la peinture, dans un jaillissement spontané, inverse les rapports de la perspective héritée de la Renaissance et élabore un espace topologique pluridimensionnel. Baya n’ordonne pas, elle juxtapose, relie, enveloppe, crée une continuité, un vaste réseau de relations imaginaires, fugaces et subjectives où la lumière pénètre de toutes parts.

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Femmes   et poissons

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 Femme et harpe

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 Les deux musiciennes

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Femme   et arbr

L’espace de Baya n’est  donc pas un espace qui se donne à voir, mais un espace mental, un espace émotif déconcertant, qui restitue les impulsions de l’instant initial devant les choses, qui éveille et introduit à l’univers du mythe et de la magie. Baya exprime une vision du monde qui n’est pas la reproduction de la nature perçue par l’œil humain, mais une abstraction, un univers géré selon d’autres lois que celles du monde réel, un rêve de lumières, de couleurs, de formes qui n’emprunte pas à la matérialité du quotidien. L’univers de Baya se présente aussi comme une combinaison élémentaire qui se répète sans cesse bien qu’avec une certaine diversité et que l’on appelle symétrie. Les couleurs, surtout celles des robes, appartiennent à la tradition berbère. La disposition et l’agencement sont par contre d’influence arabe : comme dans les miniatures du XIIIème siècle. Comme l’artiste égyptien, Baya utilise le rabattement dans le plan, montre les visages de profil et les yeux en face. Dans ses gouaches, autour du rose indien, du bleu turquoise, des émeraudes et violets profonds, un trait épuré, en marge de toute géométrie figée, vient cerner les silhouettes et les coiffes de « Hautes Dames« , figures de la Mère énigmatique, les motifs qui recouvrent leurs robes, ceintures et foulards.

La philatélie algérienne et Baya

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Premier jour   d’émission

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Bibliographie sélective

  • Peintres algériens, textes d’Edmond Michelet et Mourad Bourboune, Musée des arts décoratifs de Paris, Paris, 1964
  • Baya, préface de Gaston Defferre, texte de Jean de  Maisonseul, Musée Cantini, Marseille, 1982.
  • Baya, Éditions Bouchêne, Alger, 1988.
  • Trois femmes peintres, Baya, Chaïbia, Fahrelnissa, Institut du monde arabe, Paris, 1992.
  • Baya parmi nous, entretien avec Baya par Dalila Morsly, textes d’André Breton, Jean de      Maisonseul, Ali Silem, Hassen Bouabdellah, Jean Pélégri, Djilali Kadid, Lucette Albaret, dans Algérie Littérature/Action N° 15-16, Marsa  éditions, Paris, 1997.
  • Baya, textes d’André Breton, Frank Maubert et Jean Peyrissac, Maeght éditeur, Paris, 1998.
  • Dalila Mahhamed-Orfali, Chefs-d’œuvre du Musée national des beaux-arts d’Alger      , Alger, 1999 (reproduction : Femme au palmier, 1946 N° 63.
  • Baya, textes de Lucette Albaret, Michel-Georges Bernard et François Pouillon, Cahiers de l’ADEIAO N° 16, Paris, 2000 (ISBN 2906267163).
  • Marion  idal-Bué, L’Algérie des peintres 1830-1960, Paris Alger, Paris-Méditerranée      EDIF 2000,‎ 2002 (ISBN 2842721438) (reproductions : Deux femmes et  enfant, 1947, p. 48; Grand vase aux poissons, 967, p. 52)
  • Baya, avant-propos de Michèle Moutashar, textes de Edmonde Charles-Roux, Michel-Georges Bernard, Lucette Albaret, Musée Réattu, Arles, 2003.
  • Tahar Djaout, Une mémoire mise en signes, Écrits sur l’art, textes réunis  par Michel-Georges Bernard, Préface de Hamid Nacer-Khodja, El Kalima Éditions, Alger, 2013, 287 p.

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